Mise en sécurité du site industriel

Les services de l’Etat se sont appuyés sur l’avis d’expert de l’Institut concernant plusieurs aspects relatifs à la gestion de la sécurité du site de Lubrizol après l’incendie du 26 septembre. L’Ineris a rendu un avis sur le risque de dispersion, dans l’atmosphère, de particules d’amiante issues des bâtiments de stockage détruits par le feu. La question du traitement des fûts endommagés par les flammes lui a également été soumise.

Avis sur le risque de dispersion d’amiante issu des bâtiments

L’Institut a été saisi le 28 novembre par le biais de sa Cellule d’appui aux situations d’urgence (CASU) sur la question des risques liés à la présence d’amiante dans la toiture de certains bâtiments de stockage. Il s’est agi de réaliser une simulation de la dispersion de particules d’amiante qui auraient pu être libérées par la toiture en fibrociment, au moment où les bâtiments ont brûlé. Compte tenu des fortes incertitudes sur les données d’entrée ayant permis de construire la simulation, l’équipe de la CASU a recommandé qu’une expertise sur site soit conduite sur les débris de toiture. En effet, le comportement du bâtiment sous l’effet des flammes, en particulier la façon dont la toiture s’est effondrée, est susceptible d’influencer de façon significative le phénomène de dispersion de particules dans l’air.

Le 30 septembre, un expert de l’Ineris s’est rendu sur le site de Lubrizol à Rouen afin de mener des investigations complémentaires de terrain. Les observations et entretiens conduits sur le site de Lubrizol, de Normandie Logistique et aux alentours, ont confirmé les différentes séquences de l’incendie. Le feu s’est propagé aux bâtiments avec toiture en fibrociment ; la charpente métallique s’est ensuite effondrée sous l’effet de la chaleur, entraînant les plaques de fibrociment qui sont alors fragilisées voire fragmentées ; les fûts présents dans le bâtiment ont explosé, ce qui a eu pour effet de les projeter verticalement au travers de la toiture, la brisant en fragments de diverses tailles.

L’expert de l’Ineris a conclu que le mécanisme de fragmentation des plaques de fibrociment est mécanique (impact par les fûts) et non thermique (désagrégation par le feu), comme supposé initialement. L’expertise sur site a donc permis de corriger la première hypothèse de dispersion de particules ou de fibres d’amiante dans l’air. Il s’agit plutôt d’un mécanisme de projections de fragments de fibrociment de grande dimension (plusieurs centimètres), avec des retombées principalement sur quelques centaines de mètres (de quelques kilomètres au maximum pour certains fragments). Si la présence de fibres, emportées par le panache, ne peut pas être totalement exclue, la quantité a été estimée faible, d’autant que les fragments de toiture observés sur place ne présentaient pas de signes de séparation entre les matériaux (fibres toujours encapsulées dans le béton). Cette analyse s’est révélée cohérente avec les résultats de mesure obtenus sur les échantillons prélevés dans l’environnement.

 

Avis sur le protocole d’élimination des fûts présents sur site

Une des conséquences directes de l’incendie a été la présence sur site, après le sinistre, d’un enchevêtrement de fûts partiellement endommagés et dégageant des odeurs liées à la substance chimique présente à l’intérieur de ces fûts. Les services de l’Etat et l’exploitant ont travaillé à l’élaboration d’un protocole de traitement de ces fûts pour les évacuer du site.

La CASU de l’Ineris a été saisie entre le 29 septembre et le 1er octobre pour examiner le système de confinement et de traitement des rejets gazeux (et des odeurs associées) pendant la manipulation des fûts. L’Institut a étudié la solution de confinement envisagée (structure en échafaudage recouverte d’une bâche, installée autour de la zone des fûts). Sa principale recommandation a porté sur la mise en place d’un rideau d’eau, conçu comme un système d’aspersion placé à l’intérieur de la structure au niveau des ouvrants, et couplé à des brumisateurs soufflant au travers de ces mêmes ouvrants. L’Ineris a également rappelé que le dimensionnement définitif du dispositif était fortement dépendant de la solution technique adoptée pour la reprise des fûts, en particulier si un procédé de « neutralisation » chimique des fûts était mis en œuvre avant de les déplacer.