Réduction de la pollution à l’ozone : état des lieux

Les niveaux de concentrations d’ozone enregistrés l’été 2016 furent moins élevés que ceux qu’ils auraient été il y a dix ans, avec des conditions météorologiques similaires. C’est un fait établi, qui s’explique par les baisses des émissions de précurseurs (oxyde d’azote et composés organiques volatils notamment) engagés depuis près de 20 ans en Europe.

Politique de réduction des émissions : une efficacité démontrée sur les pics d’ozone

Dans le cadre de ses travaux d’appui au Ministère en charge de l’Environnement, l’Ineris a supervisé une étude sur les tendances de pollution de l’air sur les 20 dernières années. Ce rapport a été réalisé en vue des négociations menées dans le cadre de la Convention de la Commission Economique pour L’Europe des Nations Unies (CEE-NU) sur le transport de la pollution atmosphérique à longue distance (CLRTAP).

La tendance déclinante des pics d’ozone estivaux est confirmée par les évènements de cet été. Mais on observe également une relative stagnation de la moyenne annuelle. Les politiques volontaristes de réduction des émissions, mais aussi la crise économique de 2008 ont contribué à réduire les émissions d’oxydes d’azote, l’un des principaux précurseurs de l’ozone troposphérique,  de plus 50% en Europe depuis 1990. Par ailleurs, le rapport montre que l’évolution des niveaux d’ozone (décroissance nette des pics et faible décroissance voire stagnation des moyennes annuelles) n’est  pas en proportion avec l’évolution des émissions de précurseurs.

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Tendances d’indicateurs d’ozone (pics estivaux en rouge et moyenne annuelle en noir) en Europe de 1990 à 2012

 

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Moyennes des pics estivaux d’ozone simulés par l’Ineris avec le modèle CHIMERE en France : pour la situation actuelle (à gauche), avec les scénarios 2030 (à droite) (NB : pour des raisons techniques, l’échelle des moyennes et l’échelle des maxima horaires).

 

L’impact de la pollution à l’ozone, un sujet toujours préoccupant

Malgré un signal très positif sur les niveaux les plus élevés, la baisse des concentrations de fond d’ozone reste faible. Cela reste un sujet de préoccupation notamment au regard de la santé et de l’exposition des écosystèmes. Les études de santé sur les effets de l’ozone montrent que ceux-ci se manifestent à des concentrations peu élevées qui correspondraient aux niveaux de fond. Afin d’adapter les objectifs de réduction des émissions de précurseurs de l’ozone à ces nouvelles données, les experts de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) recommandent d’utiliser un nouvel indicateur sanitaire, qui n’est pas un indicateur réglementaire, appelé SOMO35. Cet indicateur correspond au nombre cumulé des maxima journaliers de moyennes sur 8 heures des concentrations d’ozone supérieures au seuil de 70 microgrammes/m3. Un rapide retour sur la situation de l’été passé montre que ce seuil a été largement dépassé sur l’ensemble du pays, laissant présager de possibles conséquences sur la santé et les écosystèmes, induisant également des coûts économiques.

L’Ineris a également mené en 2014 une étude économique sur les coûts de la pollution atmosphérique et sur les bénéfices monétaires induits par les stratégies de lutte. Elle prend en compte les effets de l’ozone et des particules fines sur la mortalité (nombre de morts prématurées) et sur la morbidité. Même si les coûts induits par l’exposition à l’ozone sont moins élevés que ceux liés à l’exposition aux particules fines, l’étude montre néanmoins que l’impact existe et ne se résorbe pas facilement dans le futur. De nouveaux travaux vont débuter à l’Ineris, en coopération avec l’Assemblée Permanente des Chambres d’Agriculture (APCA) dans le cadre du programme PRIMEQUAL financé par l’ADEME et le Ministère en charge de l’Environnement, pour évaluer l’impact de l’ozone sur les rendements agricoles en France et les coûts que cela induit. A titre d’exemple, les travaux menés dans le cadre de la Convention sur la pollution atmosphérique à longue distance de la CEE-NU estiment qu’en 2000, la diminution des rendements des champs de blé en Europe liée à l’exposition à l’ozone, serait responsable de près de 3,2 milliards d’euros de pertes. Ce chiffre resterait élevé en 2020, puisque encore estimé à 2 milliards d’euros.