Episode de pollution atmosphérique à l’ozone : décryptage

L’ozone est un polluant atmosphérique bien connu pour ses effets délétères sur la santé humaine et sur la végétation. En témoigne la canicule de 2003, qui a perduré pendant la première moitié du mois d’août et ses dramatiques conséquences sanitaires, largement imputables aux températures particulièrement élevées, mais aussi aux niveaux d’ozone, inédits par leur ampleur géographique et leur persistance. Aujourd’hui, le principal problème lié à la pollution à l’ozone est l’absence de tendances à la baisse des niveaux de fond depuis près de deux décennies en Europe, en dépit des mesures de réduction des émissions des polluants précurseurs à sa formation.

Ce constat révélé par les études de tendances récemment publiées en France et en Europe souligne toute la complexité à appréhender et maîtriser la formation de l’ozone troposphérique auquel les populations sont exposées. Parmi ces études de tendance, les analyses des observations de terrain faites par les AASQA, couplées aux prévisions du système PREV’AIR, montrent que le territoire français ne subit plus les mêmes pointes de pollution que dans les années 2000, malgré l’occurrence fréquente en période estivale de situations météorologiques favorables au développement d’épisodes d’ozone (températures et rayonnement solaire élevés). Si les niveaux de concentrations peuvent rester localement élevés, la situation n’est nullement comparable à 2003, dans des conditions météorologiques similaires. Ainsi, Le nombre et l’intensité des pointes de pollution à l’ozone ont donc bien diminué au cours des 10 dernières années, et il faut certainement y voir un signe de l’efficacité des plans de réduction des émissions mis en place par la France, ses régions et les pays voisins.

En revanche, cette tendance encourageante ne se répercute pas sur les niveaux de fond qui sont considérés comme les plus préoccupants par les experts de la santé : l’Organisation mondiale de la santé recommande une valeur guide de 100 g/m3 en moyenne sur 8 heures, la réglementation européenne établissant une valeur limite de 120 g/m3 en moyenne sur 8 heures. L’Agence européenne de l’environnement, dans son rapport sur la qualité de l’air en Europe de 2018, estime que l’ozone pourrait être responsable de près de 17 000 morts prématurées en Europe chaque année. L’ozone est également surveillé pour ses effets néfastes sur les écosystèmes, en particulier les forêts et les cultures. Des études mettent en évidence des pertes de rendements agricoles, qui pourraient aller de 13 à 15% chaque année en Europe pour le blé.

Une pollution complexe à traiter

L’ozone se forme à partir des transformations chimiques des oxydes d’azote (NOx) et des composés organiques volatils (COV) principalement émis par le trafic routier et les activités industrielles. Avec la baisse des émissions établies et à venir dans ces secteurs, d’autres sources peuvent jouer un rôle de plus en plus important, par exemple les émissions de COV par les activités domestiques (produits ménagers notamment). Le couvert végétal est aussi une source naturelle de COV plus ou moins importante selon les essences et les conditions météorologiques. La formation de l’ozone est fortement dépendante des conditions météorologiques (températures élevées, rayonnement solaire important) et donc des zones géographiques considérées.

Enfin il s’agit d’un polluant à longue durée de vie qui peut voyager sur de très longues distances. Les mesures de gestion prises dans un pays peuvent s’avérer insuffisantes ou inopérantes si ces actions restent isolées géographiquement. Il est admis qu’une maîtrise efficace des niveaux d’ozone requiert une approche globale et nécessite une coordination internationale, allant même au-delà du cadre européen établi dans la directive de 2008 sur la qualité de l’air ambiant. Si l’on ajoute que ce polluant est par nature sensible au réchauffement climatique et que les stratégies de réduction de ses précurseurs peuvent être compensées par la hausse globale des températures, on comprend toute la difficulté que peut présenter les objectifs de réduction des niveaux d’ozone de fond partout dans le monde.

Concentrations d’ozone (O3) sur l’hémisphère nord le 21 juillet 2014


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