Description
Dans le cadre des travaux du centre thématique européen sur la santé humaine et l’environnement (ETC HE), l’Ineris a coordonné, avec la contribution de plusieurs partenaires, une étude sur la pollution à l’ozone qui reste un défi important pour la qualité de l’air en Europe. Cette étude explore comment la Directive révisée pour la Qualité de l’air Ambiant (AAQD, 2024/2881) traite cette problématique. Il apparaît que l’AAQD renforce considérablement la politique européenne pour l’ozone. En particulier, elle aligne l'objectif sanitaire à long terme sur les lignes directrices de l'OMS (100 µg/m³ d'ici 2050), réduit le nombre de dépassements autorisés pour les valeurs cibles de 25 à 18 jours par an d'ici 2030, et impose l'élaboration de plans de qualité de l'air spécifiques à l'ozone lorsque ces valeurs cibles sont dépassées. En matière de surveillance, l’AAQD étend la liste des espèces de composés organiques volatils (COV) à surveiller obligatoirement de 30 à 46 (45 COVNM plus le méthane – CH4) et reconnaît, pour la première fois, explicitement le méthane comme précurseur de l'ozone.
Entre 1990 et 2022, les émissions des oxydes d’azote (NOx) ont diminué de 64 %, celles de COVNM de 62 % et celles de CH₄ de 39 %. Cependant, les émissions issues du traitement biologique des déchets ont été multipliées par huit, l'utilisation domestique de solvants continue d'augmenter, et quatre États Membres enregistrent une hausse globale de leurs émissions de CH₄. L'agriculture demeure la principale source de CH4, tandis que le chauffage résidentiel, l'utilisation de solvants, les applications de revêtements et la gestion des effluents d'élevage représentent désormais 56 % des émissions de COVNM. Par ailleurs, les réseaux de surveillance actuels des précurseurs sont fragmentés et nécessitent une expansion stratégique. Les mesures à long terme sont principalement disponibles pour les hydrocarbures aromatiques, tandis que la couverture des alcènes, des COV oxygénés, des terpènes et du CH4 reste limitée. Les priorités de surveillance doivent être alignées sur les principales sources d'émissions. Pour les COVNM, cela implique de donner la priorité aux composés BTEX (Benzène – Toluène – Ethylbenzène – Xylènes), aux triméthylbenzènes et aux cétones clés dans les zones urbaines et industrielles où l'utilisation de solvants prédomine. Pour le CH4, la surveillance devrait se concentrer sur les régions agricoles à forte densité de cheptel, les zones à production significative de biogaz, ainsi que les régions disposant encore d'infrastructures liées aux combustibles fossiles. L'extension de la surveillance du formaldéhyde contribuerait également à la validation des données satellitaires.
Peu de plans de qualité de l'air dédiés à l'ozone existent, mais les efforts nationaux se développent. La Croatie, la France et l'Espagne ont élaboré des approches globales combinant des stratégies nationales à des mesures régionales ciblant les émissions liées au trafic, au transport maritime, à l'industrie et au secteur résidentiel. La plupart des plans existants manquent toutefois d'une intégration suffisante des contributions transfrontalières. Des outils de répartition des sources, tels que l’outils CAMS Air Control Toolbox (Colette et al., 2022 ), fournissent désormais des diagnostics quotidiens identifiant les contributions des émissions pour les principales villes européennes, favorisant ainsi l'élaboration de plans adaptés. L'intégration des observations satellitaires aux réseaux au sol offre des perspectives prometteuses pour une meilleure quantification des émissions et des réponses politiques adaptatives. La maîtrise des émissions de précurseurs demeure le principal levier d'action dont disposent les États Membres. Compte tenu du caractère transfrontalier de la pollution à l'ozone et de la chimie complexe et non linéaire de sa formation, des stratégies nationales et internationales coordonnées sont indispensables. Afin d'accompagner les États Membres dans la compréhension de la pollution à l’ozone dans leur territoire et pour l'élaboration de plans efficaces pour la réduction des niveaux d'ozone, des fiches nationales ont été élaborées, synthétisant la situation passée, actuelle et future en matière d'ozone.